Coup de cœur 2020

Laetitia Faure est fondatrice d’Urban Sublime.

Biographie

Laetitia Faure est fondatrice d’Urban Sublime, bureau de tendances spécialisé en communication qui conseille plus de 150 grands comptes. Elle vient de sortir une étude 50 expériences inspirantes pour aller vers l’éco-responsabilité, véritable guide pour aider les entreprises à s’engager très concrètement dans l’écologie.

Femmes, montrez-nous vos traversées !

Mon métier consiste à anticiper le futur pour les marques et les entreprises, à décrypter les tendances sociétales qui impacteront DEMAIN. Lorsque j’applique cette faculté à imaginer le futur pour ma vie personnelle, je tombe depuis peu dans une impasse. En effet, les représentations de la femme au-delà de la trentaine sont quasi inexistantes, du coup, les repères pour les femmes le sont aussi. Dans l’âge jeune, dit le « bel âge » (en opposition à un autre qui serait moins beau, moins élogieux), les représentations sont nombreuses. On ne compte plus le nombre d’actrices jeunes, belles en France et ailleurs qui sont les stars de nos écrans, devant lesquelles nous grandissons. Inutile de compter également les milliers de magazines, chaînes Youtube et comptes Instagram apprenant aux jeunes femmes à se maquiller, à mieux connaître leur corps et leur sexualité mais aussi à évoluer dans leur carrière, à lever des tabous, à se cultiver, à se faire confiance, à avancer dans la vie. Outils ô combien précieux.

Mais je me rends compte en approchant de la quarantaine, que la moitié du reste de la vie d’une femme est complètement éludée dans notre société. La moitié d’une vie. Et une discussion avec une amie proche de la cinquantaine a fini de m’ouvrir les yeux sur ce vide sociétal. “Oh toi tu es encore dans un âge où tu es en couple et tu élèves un jeune enfant, mais sais-tu quelle traversée t’attend ? Je ne compte plus les amies que je récupère à la maison qui cumulent ados difficiles, mari parti pour une plus jeune et pression immense au travail du fait des postes à responsabilité qu’elles ont finis par obtenir au fil des ans”.

Et bien non, je ne sais pas quelles traversées m’attendent car personne n’ose en parler. Avec l’apparition des rides, ce sont des bouches qui se taisent, qui n’osent plus s’exprimer. « Si j’avais l’âge de mes 20 ans, je serais plus sûre de vous convaincre », rappelle si bien la lucide Françoise Giroud dans ces archives Ina qui, elles, n’ont malheureusement pas vieilli. Comme si le corps des femmes devenait honteux et du coup leur vie inintéressante aux yeux de la société. Un brillant article de Murielle Joudet dans L’Obs montre à quel point nous manquons de récits de femmes, à quel point les actrices américaines, en renonçant à vieillir à coup de bistouri, nous privent de notre besoin d’identification.

Alors oui, femmes, je veux connaitre vos traversées, les belles comme les difficiles, je veux que l’on me dise les divorces et les emmerdes, les coups de cœur, la libido et la gestion des ados, je veux savoir comment on gère la pression au travail lorsque l’on vous écrase de responsabilités, je veux connaitre vos passions, vos interrogations, vos changements de vie et bifurcations, vos peurs et vos désirs, votre regard et vos mots sur le temps qui passe et vos priorités de vie. Je voudrais que l’on me prenne par la main et que l’on m’accompagne dans cette seconde partie de vie. J’ai bien compris les printemps, racontez-moi maintenant les étés, les automnes et puis les hivers aussi. Racontez-vous dans les romans, écrivez de nouveaux récits, montrez-nous vos traversées. Prenez la place qui vous est due dans nos sociétés.

Merci à Géraldine Broquin, Marianne Ripp et Antoine Lecomte pour les discussions.