Coup de coeur 2021

Bouchera AZZOUZ – Réalisatrice et essayiste

BIOGRAPHIE

Chevalier de L’ordre National du Mérite.

Membre du CA de l’INA

Membre du comité d’orientation ONU FEMMES FRANCE

Présidente Fondatrice des Ateliers du Féminisme Populaire

Co-Présidente de l’Association Pour les Femmes dans les Médias.

Étude de Chimie Physique Paris 6

Conservatoire national de Bobigny chant lyrique.

Militante féministe, Bouchera Azzouz est réalisatrice et essayiste originaire de Bobigny.
A travers ses écrits et ses films, elle interroge la question de l’identité, l’intégration, la citoyenneté, autant que des luttes systémiques pour l’égalité et l’émancipation des femmes.

« Pour que les femmes comptent, il faut qu’on les raconte. »

Ça n’est qu’à partir du moment où l’écriture est née que l’humanité est entrée dans l’histoire, tout ce qui est antérieur constitue la préhistoire, l’histoire éphémère.

Il en va de même pour l’histoire des femmes, de leurs réalités multiples, de leurs luttes, de leurs existences. Tout ce qui n’est pas dit, écrit, consigné dans la mémoire, n’existe plus.

Alors combien de femmes invisibles, sans voix, sans témoins passent et s’effacent ? Combien de récits intimes et singuliers manquent aujourd’hui à notre récit national ? Combien de réalités sociologiques restent l’angle mort de nos politiques publiques ?

Il y a des « trous d’histoire », comme on a des trous dans nos mémoires, des lacunes, des vides, autant de pièces manquantes pour relater avec finesse et justesse la complexité de notre monde et de nos sociétés. L’Histoire avec un grand H, raconter par les Hommes, pour les Hommes avec des biais qui continuent d’influencer nos imaginaires.  Qu’est-ce qui fait date et donc qui fabrique l’Histoire ? des évènements mythiques ou réels qu’on considère comme majeur ? une Histoire majeure versus des histoires mineures qu’un long travail d’historiennes, de sociologues, de féministes a méticuleusement arraché de l’oubli, dans toutes les disciplines, l’art, la culture, les sciences, les explorations, les découvertes, la politique…. Cette réappropriation de nos histoires au féminin pluriel, participe à sortir les Femmes de la Préhistoire !

L’Histoire des femmes est le produit de la sédimentation millénaire d’histoires de conquêtes bien plus glorieuses, audacieuses, ambitieuses, périlleuses que l’Odyssée d’Homère, la découverte de l’Amérique, le premier pas sur la Lune….nos batailles plus héroïques que mille conquêtes faites de sang et de larmes. Pourquoi ? Parce que nos dynamiques émancipatrices ont transformé les sociétés radicalement en cherchant toujours la cohérence dans nos luttes. La lutte contre la soumission oblige à la lutte contre toutes les formes d’oppression, c’est pourquoi on retrouve le féminisme dans tous les mouvements sociaux et politiques au service du progrès des consciences et du progrès social. Les batailles qu’on mène ne font pas couler de sang, mais elles conduisent à conquérir toujours plus de liberté, d’égalité de justice sociale, de cohésion.

« ra-Conter pour Compter » aura été au cœur de mes engagements de réalisatrice.

Pour que TOUTES les femmes comptent, sur TOUS les territoires, dans TOUTES leur diversité de parcours, il faut les raconter.

Chaque femme, d’où qu’elle soit, d’où qu’elle vienne, quelles que soient ses origines, son parcours, organise à l’échelle de sa vie ses propres luttes. C’est dans son histoire intime qu’elle questionne la société, son organisation, sa structure et c’est de la critique radicale qui en sort, qu’elle conteste l’ordre établit.

Voilà pourquoi il est important, de considérer toutes les expressions narratives comme majeures, et comme un élément clef du combat pour l’égalité.

Il s’agit d’infléchir un rapport de domination persistant, celui de la représentation des femmes autant dans la fiction, le documentaire, sur les antennes, dans les médias, parce que sans transformation des imaginaires il ne peut y avoir d’égalité durable.

Biographie complète :

Elle est secrétaire générale du mouvement Ni Putes Ni Soumises de 2007 à 2009, puis fonde son propre mouvement, le « Féminisme Populaire ».
Elle concentre alors son action sur le programme d’accompagnement à l’autonomie des Femmes (le PAAF) mais aussi un travail de plaidoyer politique.
Elle est engagée auprès des femmes des quartiers populaires, convaincue qu’elles sont un vecteur puissant de la transformation des quartiers, mais aussi porteuses d’un féminisme « populaire », un féminisme d’urgence, un féminisme à l’arrache, pragmatique et solidaire.
Pour en faire la démonstration, elle écrit et réalise une série de 3 documentaires qui constituent une trilogie, explorant la genèse du féminisme populaire.
Le premier volet, « Nos Mères Nos Daronnes » (diffusé en Avril 2015 sur France 2 Infrarouge co-réalisation Marion Stalens) revient sur l’histoire de sa mère arrivée en France en 1966 et de ses amies de son quartier à Bobigny. La question qui sous-tend ce documentaire, est simple : A deux pas de sa cité a eu lieu le procès historique pour la dépénalisation de l’avortement, le procès de Bobigny, que faisaient alors sa mère et ses amies à ce moment là ? étaient-elles traversées par ces questions, ou non ?
Ce documentaire est une manière pour elle, de rompre avec cet imaginaire qui a enfermé sa mère et toutes ces femmes immigrées dans une forme de soumission, de docilité culturelle ou religieuse.
Il y a bien un féminisme qui ne dit pas son nom, un féminisme « populaire », le féminisme de ces « invisibles » que ce documentaire érige comme des « héroïnes du quotidien », mais aussi comme les actrices invisibles d’un féminisme qui s’est écrit de manière empirique depuis les années 70.
Son second documentaire « On nous appelait beurettes » diffusé le 5 Mars 2019 sur France 2 Infrarouge, (sélection officielle au FIPADOC 2019 / prix spécial aux Rendez-vous de l’Histoire de Blois), poursuit l’histoire au féminin pluriel, des luttes menées par la génération des filles de daronnes, celles qu’on appelait « beurettes ». À tous ceux qui pensent que l’intégration est un échec, elle oppose le récit de la lutte pour l’égalité des femmes de sa génération, celle des beurettes, qui ont relevé le défi de faire bouger les mentalités dans la société comme dans les familles. Si on a retenu des années 80, la Marche des Beurs, il y a une autre marche invisible et silencieuse qui a été menée dans l’ombre, par les « beurettes », pour arracher la liberté, l’égalité, la fraternité.

Le 3ème et dernier Opus, « Meufs de (LA) Cité », vient parachever cette relecture inédite de l’histoire de nos quartiers au féminin pluriel. Nos filles sont la 3ème génération issue de l’immigration, héritières au-delà d’une culture, d’une religion, de traditions, de luttes pour leur émancipation. Leur génération est ancrée dans l’histoire de la société et de nos quartiers ; Nous sommes la classe populaire autant que les habitants des quartiers populaires. Cet héritage est consommé, elles sont à présent, les filles, les « meufs » de LA cité, une invitation à voir ces territoires comme des lieux où les femmes se battent pour la liberté, l’égalité, la fraternité.

D’autres films en développement
« Femmes Sexisme et Politique ».
« Qu’est-ce qu’on a loupé ? »
Mais aussi, écriture d’une série et de plusieurs fictions.

Livres :
Mars 2015 « les femmes au secours de la République » publié chez Max Milo, co-auteur Corinne Lepage.
Mai 2016 « Fille de Daronne et fière de l’être » publié chez Plon avec la collaboration de Caroline GLorion.
Prochain livre (à venir 2021) : « Républicaine de souche ».

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