Pr. Dr. Claude Grison  – Directrice de recherche au CNRS & Directrice du laboratoire de Chimie Bio-inspirée et Innovations écologiques

Femme souriante en chemise rose

Femmes de Science : entre convictions et humanité 

Claude Grison, chercheuse au CNRS et co-fondatrice de BioInspir, fait un état des lieux de la présence des femmes dans les sciences. Elle nous rappelle, que malgré les apparences, les femmes ont participé aux révolutions scientifiques par leurs découvertes et de ce fait, sont aussi dépositaires des progrès techniques qui ont transformé positivement la société.

Il est fréquent de lire que les femmes délaissent certaines disciplines scientifiques.  Il faut bien avouer que quelques faits illustrent cette situation. Ainsi, par exemple, selon l’Office européen des brevets, seulement 13,2% des inventeurs en Europe sont des femmes. Yann Ménières, chef économiste de l’Office européen des brevets  »considère », à juste titre, « qu’il s’agit d’une opportunité perdue pour exploiter un potentiel d’inventivité ». 

Un état des lieux 

Une étude publiée par un chercheur du CNRS, Thomas Breda, est informative : « Il n’y a aucune raison biologique ou cognitive qui explique que ces stéréotypes perdurent, mais on continue de conseiller les sciences humaines aux filles ce qui les conduit à manquer de confiance en elles au moment d’aborder des disciplines qu’on leur propose moins »

En d’autres termes, à compétences égales, la société n’incite pas les jeunes filles à faire des études scientifiques et à s’orienter au niveau des études supérieures vers les sciences dites « dures », c’est-à-dire la physique, l’ingénierie, l’informatique ou les mathématiques.  

Il y a alors des conséquences directes : 

– Les femmes ne choisissent pas les disciplines les plus élitistes compte-tenu de cette influence socio-culturelle ; 
– Elles sont peu représentées dans les postes à responsabilité et les plus lucratifs ; 
– Elles ne s’impliquent que peu dans les disciplines où les inventions sont les plus fréquentes. Il est donc logique qu’elles déposent moins de brevets. 

Pourtant le potentiel inventif des femmes dans les sciences dures n’est plus à démontrer :  
Ada Lovelace est l’autrice du premier programme informatique,  
– Heddy Lamarr a inventé le Wi-Fi, 
– Marie Curie a obtenu deux Prix Nobel et dans deux disciplines différentes : la chimie et la physique. Un double exploit ! 

Les femmes dans les sciences : de nombreux rôles modèles !  

Cependant, il faut bien reconnaître que le milieu scientifique peut être injuste avec les femmes. Un certain nombre de femmes scientifiques brillantes ont souvent été confrontées à un manque de reconnaissance, au profit de certains hommes ; il s’agit de l’effet Mathilda. Certains noms de chercheures femmes ont été tout simplement été oubliés. Ainsi, la découverte de la double hélice de l’ADN a longtemps été attribuée à trois hommes, James Watson, Francis Crick et Maurice Wilkins (jeune élève de R. Franklin). Ils ont d’ailleurs reçu le prix Nobel de médecine pour cette découverte. Il y a fallu des années pour ré-établir une vérité : c’est Rosalind Franklin qui en est à l’origine, en tout cas qui a apporté les premières preuves scientifiques, probablement aux risques de sa santé personnelle. 
 
Les exemples sont nombreux : Jocelyn Bell a découvert les pulsars, Marthe Gautier a découvert la trisomie 21, Mileva Einstein a largement contribué aux premiers travaux de recherche de son mari, Lise Meitner a découvert la fission nucléaire, alors que c’est finalement son collègue qui a reçu le prix Nobel. 

Plus récemment, Katalin Kariko avec ses recherches sur l’ARN messager, a joué un rôle déterminant dans la création de vaccins d’un nouveau type, en particulier contre la pandémie de Covid-19. Si elle a fini par recevoir très justement le Prix Nobel, les débuts de sa carrière scientifique ont été ardus. Elle a fréquemment répété qu’être femme, qui de plus est, avec un accent étranger, ont été un obstacle pour faire reconnaître ses travaux. Sa ténacité et son talent ont eu le dernier mot. On ne peut que s’en féliciter. 

Les exemples remarquables de Rosalind Franklin, Katalin Kariko, Marie Curie, Marthe Gautier, et bien d’autres encore, montrent que les femmes sont plus souvent impliquées dans des recherches directement utiles à la vie, à la santé humaine. Il n’a échappé à personne que les femmes sont plus nombreuses dans les métiers relatifs à l’éducation, aux soins aux personnes (20 % des Françaises diplômées du supérieur le sont dans la santé, contre 9,4 % des hommes), au bien-être et à l’engagement écologique (Greta Thunberg en est une belle illustration). On parle aujourd’hui d’écoféminisme.  

Pour certains, cette situation est perçue comme une limite : les femmes s’intéresseraient plus aux sciences biologiques et humaines. Je pense que ce choix est formidable et tellement utile. Il n’est pas fait par défaut, mais par conviction et le sens qu’une femme donne à son métier : être utile à la société !  

Il ne s’agit pas d’une faiblesse, mais d’une force et de choix très pertinents. Alors parlons-en davantage et d’une façon positive, car c’est une chance pour tous !

  À propos de Claude Grison : 

Claude Grison est Directrice de recherche au CNRS et Directrice du laboratoire de Chimie Bio-inspirée et Innovations écologiques. Elle est à l’origine du concept de l’Ecocatalyse®, qui a fait émerger un nouvel axe de recherche à l’interface de la Chimie bio-inspirée et de l’Ecologie scientifique ; il correspond à une approche globale du développement durable débouchant aujourd’hui sur l’élaboration d’une nouvelle filière verte qui s’appuie sur la réhabilitation écologique de sites pollués ou dégradés, la préservation des zones humides et une valorisation chimique et économique inédite des phytotechnologies développées. Ses activités de recherche ont conduit à la création de deux entreprises, Bioinspir et Laboratoires Bioprotection. Claude Grison est l’auteur de 178 publications et ouvrages, 45 brevets et 200 conférences. Ses travaux ont été récompensés par 13 Prix scientifiques dont le prix de l’inventeur européen 2022, le Prix A. Joannides de l’Académie des Sciences 2016, le Prix Homme-Nature de la fondation Sommer 2016 et la médaille de l’Innovation du CNRS 2014. Claude Grison est membre de l’Académie Nationale de Pharmacie et de l’Académie Européenne des Sciences. 

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